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DISCOURS DE L’AMBASSADEUR RAPU MOLEKANE A L’OCCASION DE LA FETE DE LA LIBERTE

 PARIS

 28 AVRIL 2018

Excellences,

Mesdames et Messieurs,

Chers amis,

Chers collègues,

Soyez les bienvenus aux célébrations du 24e anniversaire de notre Journée de la Liberté qui a pour thème « L’année de Nelson Mandela : vers une concrétisation totale de notre liberté grâce à une transformation socio-économique radicale ».

2018 marque le 100e anniversaire de deux véritables icônes: Albertina Sisulu et Nelson Rolihlaha Mandela dont la contribution à notre combat pour la liberté fut aussi déterminante que courageuse. Si nous célébrons aujourd’hui ces deux des phares de notre révolution, pétris d’altruisme, de dévouement et d’éthique, c’est parce que nous cherchons en permanence à suivre leur exemple et à préserver leur héritage.

Nous sommes également réunis ici pour célébrer les avancées majeures qui ont été faites depuis 1994 et reconnaître que notre société est aujourd’hui bien meilleure que sous le régime brutal et meurtrier de l’apartheid. Mais nous devons également nous interroger sur ce qui reste à faire pour atteindre notre objectif qui est celui de vivre dans un pays non raciste, non sexiste et prospère et d’améliorer la qualité de vie de nos concitoyens.

Cette année marque aussi le 30e anniversaire de l’assassinat de Dulcie September, ici en France, une dirigeante et une militante dont la vie et le combat sont comparables à ceux de Mandela et de Mama Sisulu. Nous souhaiterions profiter de cette occasion pour, une fois encore, appeler le gouvernement français à rouvrir le dossier Dulcie september afin de trouver ses assassins et leurs complices. Ce n’est un secret pour personne que la France a collaboré avec l’Afrique du Sud de l’apartheid espérant saper et faire tomber les sanctions internationales et l’embargo sur les armes qui pesaient sur le régime de l’apartheid ; Dulcie September est morte d’avoir voulu le dénoncer.

Au cours des 24 dernières années, notre pays a progressé dans la transformation d’un Etat au service de quelques-uns en faveur d’un Etat engagé au service de tous, noirs et blancs. Nous sommes désormais une démocratie constitutionnelle qui garantit l’Etat de droit et la protection des droits de l’Homme. Nos institutions, toutes indépendantes, jouent leur rôle sans crainte et sans favoritisme.

Notre principal défi concerne le développement socio-économique et l’application de ces droits à la majorité pauvre et noire de ce pays. Les trois plaies que sont la pauvreté, le chômage et les inégalités ont poussé notre gouvernement à adopter le thème de « la transformation socio-économique radicale » et à l’inscrire dans notre Plan de développement, lui-même aligné sur l’Agenda 2063 de l’Union africaine et l’Agenda 2030 des Objectifs de développement Durable de l’ONU.

Depuis l’élection de notre nouveau président, Cyril Ramaphosa, au début de cette année, à l’issue d’une transition sans heurts, nous sommes entrés dans une période positive et même d’euphorie. La communauté internationale regarde à nouveau notre pays avec attention et de manière positive, ce qui est une forme de reconnaissance pour la manière dont nos nouveaux dirigeants se sont engagés dans la lutte contre le cancer de la mauvaise gouvernance, de la corruption et du mépris de l’Etat de droit.

C’est aussi une manière de rendre hommage à l’engagement de nos dirigeants envers les principes éthiques et humains qu’avaient embrassés Mandela et Mama Sisulu et d’admettre que le programme de transformation socio-économique est à la fois irréversible et impératif pour le succès de notre démocratie. Ce dernier sera mis en place de manière responsable et ouverte. Il comprend l’expropriation sans compensation et d’autres programmes dont l’objectif est de restaurer sans plus attendre la dignité des plus pauvres et des exclus de notre société.

L’esprit de renouveau, d’unité et d’espoir qui s’est emparé de notre pays et qui a attiré l’attention du monde entier doit se transformer en investissements locaux et internationaux massifs. C’est ainsi que le Président Cyril Ramaphosa a nommé quatre délégués à l’investissement et va réunir d’ici quelques mois une conférence sur ce sujet. L’Afrique du Sud est définitivement ouverte aux affaires. Les opportunités sont nombreuses dans tous les secteurs de l’économie : l’agriculture, les mines, le textile, l’industrie, l’automobile, les télécommunications, les infrastructures, les transports…

Le gouvernement a établi, au sein du ministère du Commerce et de l’Industrie, un bureau des investissements chargé de regrouper et de traiter toutes les questions relatives aux investissements comme les autorisations, les mesures d’incitation et les réglementations.

Nous sommes, par ailleurs, conscients que notre développement et notre croissance sont liés à ceux de l’Afrique australe, du continent et du monde. Nous ne saurions être un îlot de succès et de prospérité dans une mer de pauvreté, d’instabilité et de troubles. C’est dans ce contexte que, en tant que présidente actuelle de la SADC, l’Afrique du Sud encourage de manière permanente ses voisins et la région à trouver des solutions collectives aux défis qui se posent à tous. Les développements inquiétants qui se produisent chez certains de nos voisins nous interpellent et nous travaillons de manière constante avec les institutions de la SADC pour trouver des solutions durables. Nous estimons, en effet, que le dialogue et la mobilisation sont les meilleurs moyens de résoudre nos différends et que la guerre ne peut mèner qu’à la destruction et à la misère.

Nous travaillons d’arrache-pied pour accélérer le processus d’intégration économique régional et pour mettre en œuvre la marché commun de la SADC qui est le fondement de notre future intégration dans l’ensemble du continent africain et de l’Union africaine telle que définie dans l’Agenda 2063 : « L’Afrique que nous voulons ». Petit à petit le rêve de nos aïeux devient réalité. Le marché commun africain, la monnaie unique africaine, le passeport unique prennent forme et sont en voie de concrétisation.

Nous continuons à assumer nos responsabilités en tant que membre de la Communauté internationale. Nous en voulons pour preuve le rôle actif que nous jouons au sein de l’UNESCO et dans les autres agences multilatérales. Nous sommes convaincus que l’organisation des Nations unies reste la première institution capable de défendre les intérêts de tous. Nous estimons toutefois que certains de ses organes nécessitent une réforme rapide et notamment le Conseil de Sécurité qui n’a pas changé depuis le sa création. C’est parce que nous pensons cette réforme nécessaire que nous avons postulé comme membre non-permanent de ce Conseil. Si nous sommes élus, nous favoriserons un programme de réformes qui permette la représentation des pays du Sud.

Nous observons avec inquiétude que certains pays du Conseil de sécurité qui se réclament du multilatéralisme agissent en réalité de manière unilatérale et prennent des initiatives parallèles passant outre l’avis des agences onusiennes. Ceci est regrettable et devrait être banni et condamné.

L’Afrique du Sud et la France ont des relations cordiales et chaleureuses. Ces relations sont jalonnées de visites réciproques à haut niveau et de partage d’information dans tous les domaines de l’activité humaine. Nos relations économiques et commerciales reposent sur des bases saines. Nous coopérons et gérons nos relations bilatérales à travers le Forum de Dialogue Politique qui couvre l’ensemble des relations bilatérales entre nos deux pays et qui a tenu sa dernière réunion à Paris le mois dernier. Nous avons décidé de promouvoir ce forum en le faisant présider par nos ministres des Affaires étrangères et en y incluant tous les autres dialogues menés jusqu’à présent séparément comme la Commission économique conjointe, la défense, la sécurité…Ce Forum de dialogue politique nouvelle version sera inauguré par nos ministres sous peu.

Si nous sommes satisfaits de nos relations économiques et commerciales avec la France, nous estimons que nous pouvons faire mieux. Nous pouvons, en particulier, réduire le déficit commercial qui aujourd’hui est en faveur de la France. De même, nous estimons que la France peut davantage aider les PME sud-africaines à pénétrer le marché français. Il y a à l’heure actuelle 350 entreprises françaises basées en Afrique du Sud pour seulement 25 entreprises sud-africaines basées en France. La France exporte 20 milliards de biens et de services en Afrique du Sud alors que nos exportations vers la France s’élèvent à 10 milliards. A l’aube de la 4e révolution industrielle, il est essentiel que cet écart se réduise et que nous encouragions des relations commerciales innovantes et équilibrées.

Alors que nous présidons le groupe des BRICS, qui fête ses 10 ans d’existence, et dont le prochain sommet se tiendra en Afrique du Sud cette année, nos priorités consistent à renforcer et étendre les activités de la Banque de développement des BRICS et, dans la perspective de la 4e révolution industrielle, optimiser les partenariats économiques des pays BRICS en vue d’une croissance qui profite à tous. Le sommet des BRICS aura pour thème « Les BRICS en Afrique, collaboration pour une croissance qui profite à tous et une prospérité partagée au cours de la 4e révolution industrielle ». Comme la tradition le veut maintenant, il y aura des sessions entre les représentants des BRICS et les autres dirigeants des formations composées de pays émergeants ou de pays du Sud en dehors des sessions qui concerneront l’Afrique.

Nous sommes aussi à la barre de l’Association des pays riverains de l’océan Indien avec lesquels nous nous sommes engagés à accroître nos relations dans le but d’aboutir à l’économie bleue. L’économie des océans représente un grand potentiel que nous n’avons pas encore exploité et c’est à travers l’Association des pays riverains de l’Océan indien (IORA) que nous espérons y remédier au profit de tous ses membres tout en protégeant l’usage et la sécurité de l’océan.

Alors que nous célébrons le centenaire de Nelson Mandela et d’Albertina Sisulu nous espérons que les membres de la communauté internationale se joindront à nous et aideront, en tant qu’acteurs responsables, notre pays et notre continent à entrer dans la 4e révolution industrielle. Nous devons éviter les menaces de guerre qui pèsent sur nous en raison du protectionnisme, du nationalisme ou du racisme qui refont surface notamment ici en Europe. Nous n’avons qu’une planète, qu’une terre et notre avenir est lié. Trouvons en nous l’esprit de Madiba et faisons de ce monde un endroit meilleur pour tous.